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DijonJoyau de la Bourgogneou quand les murs parlent d'histoire...par Kathereen Abhervé
Délicatement enveloppée dans un tulle de nuages soyeux
Article paru en Novembre 2003 |
Toutefois Dijon, malgré ses airs de bonne bourgeoise avenante et sympathique, ne se gêne pas de faire de facétieux pieds de nez à lHistoire en mélangeant sans vergogne, mais dans une belle harmonie, les styles architecturaux, en brassant les époques qui parfois se percutent sur une même façade (église Saint-Michel). Etonnamment épargnée par les grands chambardements de lHistoire, Dijon devint lun des premiers secteurs sauvegardés de France (97 hectares) dont les nombreux hôtels particuliers et maisons à colombages magnifiquement restaurés, musées, édifices publics et églises constituent la mémoire vive dune cité créée jadis par les Romains. Du premier castrum quils bâtirent sur le cours du Suzon, naquit la ville de Divio qui, située sur la route de lambre et de létain, sest rapidement développée grâce à sa position idéalement placée à la croisée des chemins qui du nord, mènent vers la Méditerranée ou la vallée du Rhin. Dijon devient capitale de Ducs de Bourgogne Cest dailleurs cette situation exceptionnelle qui autorisa les Ducs de Bourgogne à rêver, pendant plus dun siècle (1363-1477), dun véritable royaume qui, à la mort de Charles le Téméraire, sétendait de la Franche-Comté aux comtés de Hainaut, de Hollande et de Zélande en passant par le Brabant, le comté de Flandre et dArtois, pays alors les plus féconds de lOccident. Une puissance territoriale et économique gouvernée par quatre générations de ducs tumultueux et belliqueux, princes généreux et terribles, sauvages et délicats, qui constituait une menace permanente pour un royaume de France encore fragile. Cest pourquoi, à la mort de Charles le Téméraire (1477), le Roi Louis XI sest empressé de rattacher ce bouillonnant et prestigieux duché à la couronne de France. Dijon, après avoir été la résidence des ducs capétiens, devint, à lavènement de Philippe le Hardi, la capitale de ces ducs fastueux et orgueilleux (1363), dont elle conserve de magnifiques et éloquentes traces. Notre promenade commencera donc au coeur de la ville ancienne, au pied du Palais des ducs et des Etats de Bourgogne, aujourdhui hôtel de Ville et musée des Beaux-Arts. Constitué de bâtiments du XIVe au XIXe siècle, cet imposant palais illustre à lui seul tous les méandres de lhistoire extrêmement compliquée de cette ville. Malgré les agrandissements successifs, le palais a conservé de beaux souvenirs du milieu du XVe siècle comme la façade percée de fenêtres à meneaux du logis de Philippe le Bon et la Tour Philippe le Bon de laquelle on peut jouir, après avoir grimpé plus de 300 marches, dune vue imprenable sur les belles couleurs des toits de tuiles et «les cent clochers» de la vieille ville qui lentoure. Le quartier Notre-Dame
Les princes de Condé transforment Selon le désir de Louis XI, Dijon devint dès 1480 et ce jusquà la Révolution, le siège du Parlement de Bourgogne ce qui attira une foule de magistrats et de gens doffice qui dotèrent la ville de la Renaissance au XVIIIe siècle, dune centaine dhôtels particuliers.
Au sortir du Palais de justice, nous flânerons rue Berbisey, pour admirer la richesse des hôtels particuliers construits par les parlementaires, comme lhôtel de Ruffey, les hôtels Berbisey, lhôtel Bretagne de Blancey. Nous pénétrerons ensuite dans le Marais dijonnais qui offre quelques beaux exemples dhôtels classiques édifiés entre cour et jardin, comme lhôtel des Barres construit rue Chabot-Charny, vers 1650 par un président du Parlement. Puis rue Vauban, si les portes sont ouvertes, nous oserons un petit coup dil discret sur la très belle cour inspirée de la Place Royale, de lélégant hôtel Legouz de Gerland. Nous ne manquerons pas de nous arrêter devant lhôtel de Vogüe édifié en 1614 par un conseiller au Parlement, archétype des hôtels parlementaires dijonnais de cette époque. Une lecture de sa façade en pierres calcaires blanches et roses, vous permettra de reconnaître la griffe de Hugues Sambin et linfluence décorative de la Renaissance italienne. Cest aussi vers la moitié du XVIIe siècle que les espaces libres se couvrirent de couvents de Carmélites, de Bénédictines et de Bernardines dont vous pourrez encore admirer la très belle église circulaire en visitant le musée dart sacré qui sy est installé, et le cloître qui abrite dorénavant le musée de la vie bourguignonne. Comme à Paris, la ville créa des promenades et des jardins publics (jardin botanique). Le Cours du Parc conduit les promeneurs au Parc de la Colombière que les princes de Condé dès le XVIIe siècle, ouvrirent aux Dijonnais. Simultanément, Dijon, devenue le siège des Etats de Bourgogne, va entreprendre des travaux considérables pour transformer lancien palais des ducs en un lieu de résidence digne des princes de Condé, gouverneurs de Bourgogne et construire une salle pouvant accueillir la tenue des Etats de Bourgogne. Plusieurs architectes y travaillèrent mais cest à Jules Hardouin Mansart, architecte de Versailles, que lon doit cette magnifique scénographie imaginée entre la restructuration de la façade du palais souvrant sur une majestueuse cour dhonneur et laménagement de la place royale en hémicycle darcades. La statue équestre de Louis XIV trônait au creux de cet écrin jusquà ce que la Révolution ne la fonde pour faire des canons. Nous accéderons à cette place considérée comme une des plus belles places royales de France par la rue de la Liberté autrefois appelée, rue des princes de Condé, noblesse oblige! Dès la mi-novembre, lOffice de Tourisme proposera, dans le cadre de la prochaine exposition Rembrandt qui se tiendra du 24 novembre 2003 au 8 mars 2004 au Musée des Beaux-arts, une promenade découverte de «Dijon au XVIIe à lépoque de Rembrandt» et des princes de Condé (tous les samedis dès 10h30). Dijon contemporaine La période révolutionnaire, quoique relativement clémente envers les trésors architecturaux de la capitale bourguignonne, lui arracha tout de même la chartreuse de Champmol. Ce prestigieux monastère fondé à la fin du XIVe siècle par Philippe le Hardi afin de servir de nécropole à sa famille, fut vendu comme carrières de pierre Il nen subsiste aujourdhui que le portail de la chapelle et le magnifique et étonnant Puits de Moïse. Ce puits symbolique dont la colonne centrale représente les prophètes, a été sculptée par Claus Sluter. Au sortir de cette période troublée, Dijon se serait sans doute assoupie, si le nouveau réseau de canaux la reliant à Paris, lAtlantique et la Méditerranée, puis lavènement du chemin de fer ne lavaient tirée de sa torpeur. Cest à cette époque que la ville décide de détruire ses remparts médiévaux pour sépanouir dans les faubourgs quelle phagocyte aussitôt. Malgré les nécessités de la vie moderne, les élus auront toujours soin de préserver la qualité de la vie des habitants en poursuivant la tradition des parcs dagrément ouverts aux Dijonnais dès le XVIIe siècle. Outre les jardins des anciens hôtels particuliers, Dijon dont le maire fut Robert Poujade, premier ministre de lEnvironnement, offre limage dune ville bien verte agrémentée de squares, parcs et jardins publics magnifiquement arborés. Le charme de leurs fontaines, la fraîcheur de leurs allées ombragées dessences variées et lharmonie de leurs parterres de fleurs sauront vous délasser dune longue journée de visites.
LAuditorium de Dijon Les Dijonnais doivent également à cet élu célèbre, la construction dun magnifique Auditorium dans un quartier en plein développement, à proximité du palais des Congrès nouvellement restauré. Il faut dire que les Dijonnais entretiennent une longue histoire damour avec la musique depuis quun jour de lan de grâce 1683 leur naquit un certain Jean-Philippe Rameau, fils de lorganiste de léglise Notre-Dame. La suite nous la connaissons.
Mais avant de lever le voile sur la nouvelle saison de ces deux institutions, nous vous invitons à une promenade-découverte du nouvel Auditorium, première salle de la région Bourgogne. Vous serez sans doute surpris en découvrant cette immense architecture triangulaire - sorte de gigantesque piano à queue ? - enjambant la rue de sa grosse patte dacier que nous emprunterons pour accéder au «parvis» situé à plus de douze mètres au dessus de la rue. Nous déboucherons alors dans un vaste hall lumineux aux murs de verre, depuis lequel nous pourrons atteindre lun des quatre niveaux de lauditorium. Le marbre rouge et le granit beige recouvrent le sol; deux bois exotiques, le makoré et laniégré habillent les murs des foyers et de la salle de leurs couleurs contrastées. Des escalators, ascenseurs et un large escalier hélicoïdal nous permettront de circuler librement dans ces vastes espaces où le public aime à se retrouver durant les entractes. La salle aux proportions superlatives pouvant accueillir jusquà 1600 spectateurs, offre une acoustique et une visibilité parfaites quelle que soit la place occupée (au parterre ou aux balcons: 2 balcons frontaux et 2 latéraux). Il est vrai quici lacoustique a fait lobjet dune attention toute particulière: murs et sol recouverts de bois collé, tout bruit parasite éliminé, sièges spéciaux, formes des parois étudiées, volumétrie savamment pensée, etc.. En un mot, la perfection faite salle. De plus avec de telles proportions, la scène de lAuditorium peut recevoir dans les meilleures conditions tous les types de spectacles vivants denvergure internationale. Cest dailleurs ce que nous allons pouvoir vérifier en consultant la plaquette de la saison 2003/2004. Duo/Dijon - Saison 2003/2004 Pour leur seconde saison commune le Grand Théâtre et lAuditorium proposent une programmation pluridisciplinaire qui, outre son intérêt pour le jazz, la danse, le théâtre et la variété, fera la part belle à lopéra, à la musique symphonique et à la musique de chambre.
Lohengrin, spectacle ambitieux, préfigurait une saison qui sera ponctuée par quelques chefs-duvre du répertoire lyrique comme LEnlèvement au Sérail - La Flûte enchantée et Don Carlo, et quelques ouvrages plus rares comme LOpéra de QuatSous et Le Lac dArgent de Kurt Weill donné hors les murs, sans parler de la nouvelle création de Werther confiée à Robert Cantarella. Enfin précisons que La Flûte enchantée sera chantée en allemand et les textes parlés en français. Joël Suhubiette assurera la direction musicale et Olivier Desbordes, la mise en scène. La saison symphonique sera défendue par des orchestres de lenvergure de lOrchestre National de France avec K. Masur, lOrchestre français des Jeunes avec E. Krivine, lOrchestre National de Russie, le Bamberger Symphoniker, lOrchestre de la Radio de Berlin qui sera dirigé par M. Janowski et lOrchestre Philharmonique de la Radio Bavaroise. On pourra également entendre lOrchestre Symphonique de Saint Petersbourg, lOrchestre National de Chine et lOrchestre de Chambre Philharmonique Tchèque de Pardubice, sans oublier le Concerto Köln, le Concerto dAmsterdam et Arsys Bourgogne, bien sûr. Les récitals de Vadim Repin et Itamar Golan, puis de Christophe Coin et Patrick Cohen, des surs Labèque et enfin de Magdalena Kozena et Thierry Grégoire sont très attendus.
La vie musicale à Dijon ne saurait être complète sans LEstivade qui de fin juin à début juillet anime les rues de la cité, ni sans le magnifique Festival des Musiques Sacrées du Monde qui depuis lannée dernière sassocie au célèbre Festival de Fès des Musiques Sacrées du Monde pour privilégier louverture entre les cultures, les traditions et la spiritualité. Cette année «Les Voix de la Paix» qui se déroulaient du 9 au 12 octobre dernier avaient donné la parole à quelques voix sublimes, ambassadrices de la paix comme la chanteuse israélienne Noa, la Catalane Monserrat Figuerras et létonnante chanteuse tibétaine Yungchen Lhamo. Des chants de la terre venus du Népal, de Colombie, du Chili, le Chur des Ambrosiniens et du flamenco complétaient ce programme.
Rembrandt et son école exposé Comme les Dijonnais évoquent Rameau lorsquils écoutent de la musique, Colette lorsquils écrivent, Eiffel lorsquils bâtissent, Bossuet lorsquils prient, ils sont fiers davoir donné au monde des sculpteurs comme Claus Sluter (1350-1406), François Rude (1784-1855) - rappelez-vous la célèbre «Marseillaise» sculptée sur lArc de triomphe de la Place de lEtoile à Paris - et François Pompon (1855-1933). Avec le musée des Beaux-arts, ils possèdent lun des plus anciens et lun des principaux musées de France pour limportance de ses collections allant des primitifs (flamands, allemands, bourguignons et suisses) à la peinture et la sculpture contemporaines fortement représentées par la fabuleuse donation de Pierre et Kathleen Granville.
En tête de lexposition Sakia en Flore que Rembrandt a peint en 1634, puis le célèbre Sacrifice dAbraham (1635) qui permettra daborder la question de lattribution des uvres au maître et à ses disciples et enfin la Vielle femme assise dans un fauteuil (1654) qui avec le précédent fut acquis par Catherine II de Russie. Cette importante exposition qui rassemblera plus de 80 uvres, présentera lécole de Rembrandt à Leyle avec les travaux de Gerrit Dou et de Salomon Koninck, puis à Amsterdam avec Jacob Backer et Govaert Flink. Nous pourrons également admirer la variété des techniques abordée par son ancien élève Ferdinand Bol, les travaux de ses disciples amstellodamois, Gerbrand van den Eckhout et Jan Victors, puis ceux de Nicolas Maes, les natures mortes de Christopher Paudiss et les paysages de Roeland Roghman. Lexposition sachèvera avec des uvres de Willem Drost et Aert de Gelber qui dans les années 1660 atteignent une synthèse formelle dune rare force expressive.
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